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Sur la nouvelle écologie, la biodiversité, les moyens de luttes, une éthique globale. l. raynaud
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Date de création :
03.11.2007
Dernière mise à jour :
22.08.2009

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Ils ont marché sur la lune. Un grand pas pour l’humanité ?

Ils ont marché sur la lune. Un grand pas pour l’humanité ?

Publié le 22/08/2009 à 17:10 par killia
Il n’échappe à personne que nous célébrons le quarantième anniversaire du premier pas de Niels Armstrong sur le satellite de la Terre. Même si cet événement qui se veut planétaire n’occulte pas la disparition de Michael Jackson, il n’en reste pas moins présenté comme une communion dans laquelle chaque être humain est prétendument impliqué. Au frontispice de ce succès de la Nasa à un moment très opportun de la guerre froide, se trouve gravé dans un marbre éternel la phrase devenu célèbre aussi pour sa théâtralité : « Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité ! » Mise en scène digne des meilleures séries B hollywoodienne. Qu’elle soit improvisée ou non,  le sujet est à controverse et pourrait donner un éclairage sur la manière de promouvoir évidemment un certain rêve américain. Ce n’est pourtant pas la question qui mérite le plus qu’on s’y attarde.

On doit entendre par grand pas, que l’exploration lunaire in vivo - si on peut dire - induit un changement profond ou bien un bénéfice sensible pour l’ensemble des êtres humains. La question revient finalement à se demander si la face de l’humanité a changé. Il y a de grandes étapes scientifiques et techniques : le feu, la roue, l’écriture, la boussole, le darwinisme, l’inconscient freudien et j’en passe. Chacune de ces étapes a bouleversé en profondeur et durablement les conditions de vie ou la manière d’appréhender le monde. Évidemment la concurrence est rude avec l’empreinte laissée par les événements politiques de l’histoire. Même si les politiques savent plus que tout autre mettre à profit les découvertes à leur compte. Toutefois, la question de ce grand pas pour l’humanité, du changement et du bénéfice qu’il pourrait avoir induit, revient a s’interroger sur les aspirations humaine et en premier lieu de savoir s’il existe un lieu commun à tous les êtres humains - quelque soit leur culture, quelque soit leur religion- , qui leur donnerait une certaine universalité.

Un pas de Niels Armstrong sur la Lune, c’est un symbole d’affranchissement : l’être humain affranchi de son berceau dont il dépend tant, symbole aussi et par conséquent de son affranchissement vis-à-vis de son animalité. Aspiration proprement occidentale, difficile à dire, mais en tout cas une aspiration cultivée par la pensée de l’Occident depuis sans doute Aristote, qui scelle le destin d’une philosophie fondée sur le spécisme. C’est ce système partagé aussi bien par le christianisme que par le rationalisme cartésien qui a rendu possible le déni de l’animalité et l’identification à un dieu – comble de la vanité.

Qu’en est-il en réalité ?

Question qui suppose d’abord que l’on s’interroge sur la nature de la Nature. Une nature qui se détermine par la relation de la cause et de l’effet ; et qui veut qu’à chaque cause corresponde un effet et qu’à chaque effet corresponde une cause. Ainsi, supposer que l’être humain échappe à la Nature revient à dire qu’il est hors cette relation et qu’il est a la fois sa propre cause et son propre effet. Bien que récente dans l’histoire de l’être humain, cette conception trouve son fondement dans les théologies liées à la Bible et nourries des principes aristotéliciens concernant la place de l’être humain dans l’univers. Selon cette conception l’existence de l’être humain est intimement liée à celle d’un dieu unique créateur 'paternel' de l’homme qu’il a façonné à son image. Cela ne signifie t-il pas que ce dieu, cause de sa propre cause et cause de toute cause, a concédé à l’homme la liberté d’être ce qu’il est ; c’est-à-dire aussi la possibilité de devenir autre que ce qu’il devrait naturellement devenir ? On pourrait prolonger cette question en se demandant si selon les concepts bibliques l’homme n’a pas hérité de ce pouvoir particulier de maîtriser son destin contrairement à toute autre être vivant.

L’évolution des religions dans l’histoire est particulièrement évocatrice de la manière avec laquelle l’être humain se positionne vis-à-vis de la Nature. Au sacre des éléments et des animaux non humains auquel est associé une spititualité primitive, suit celui de dieux mi-humains mi-animaux comme c'est le cas dans l'Egypte ancienne, puis celui d’une multitude de dieux féminins et masculins à partir des religions helléniques pour finir par le culte d’un dieu unique masculin. Autant d’étapes – qui ne sont pas anodines , mais qui au contraire caractérisent une position philosophique - entre une appréhension universelle de la vie et le divorce de la conscience de l’être humain avec sa place réelle dans la Nature. Place qui est celle d’un animal soumis aux mêmes règles que tous les autres. Dans cette pensée imprégnée très profondément par le point de vue d’Aristote puis plus tard - et dans son prolongement - par celui de Descartes les êtres vivants non humains sont considérés comme des objets. Quand Descartes évoquent les animaux machines, cela comprend a fortiori qu’il ne considère pas autrement les végétaux et tout autre organisme. Quand Aristote affirme que seul l’être humain possède une âme, qu’il se situe au plus haut de la hiérarchie des êtres vivants et que les êtres vivants non humain ne sont - pour faire court - rien que du matériel dont il peut disposer librement, il nous dit que l’être humain préside à sa propre destinée, qu’il est en cela la cause de sa propre cause, qu’il échappe a la Nature, voire à la nature de la Nature, au point d’ailleurs que la Nature est un objet pour lui. Les théologies chrétiennes ne disent d’ailleurs rien d’autre. La civilisation occidentale fonde donc une partie de sa culture sur le postulat selon lequel l’animal n’a ni âme, ni personnalité, ni conscience, ni sensibilité et que la Nature est un objet pour l’homme rebaptisé d’ailleurs avec une hypocrisie profondément cynique « environnement ».

Au passage saluons les tentatives philosophiques pour combattre le spécisme de Pythagore et Montaigne. Dont on peut dire finalement que par leur manière de garder aussi les pieds sur terre, ils ont sans doute su porter un regard sinon plus profond mais au moins accorder le bénéfice du doute à ceux que la vanité humaine exclut.

La notion d'environnement est à la Nature ce que le géocentrisme a été jusque tardivement au système solaire, un moyen de plus de placer l'être-humain au centre, coûte que coûte, en dépit du bon sens, en dépit des faits observables et qui devraient rendre à l'évidence. Pythagore en son temps considérant entre autre la manifestation de la douleur chez certains animaux non humains a admis la sensibilité et l'existence d'une personnalité chez eux. Il s'oppose en cela à Aristote son contemporain lorsque s'est posée la question de l'existence d'une âme en dehors du genre humain. Depuis quelques voix, rares malgré tout, ont fait valoir toujours sur un argumentaire fondé sur l'observation; parmi elles, celle de Montaigne n'est sans doute pas la moindre.

Et finalement que nous montre la réalité ? Frappante réalité ! Que les Océans s’acidifient, que les barrières de corail perdent 20% de leur surface tous les dix ainsi que leurs hôtes (75% de la masse des êtres vivants marins), que les forêts primaires sont condamnés à une échéance ne dépassant pas l’ordre de quelques décennies, que les terres cultivables subissent l’érosion, que les réserves d’eau douce diminuent, que la proportion de dioxyde de carbone augmente dans l’air, que des espèces disparaissent chaque jour… longue est la liste des conséquences, oui, des conséquences plus ou moins directes de l’action de l’homme. Et cela ne nous montre t-il pas que la Nature est aussi et surtout une chose en soi, de laquelle d'ailleurs l’être humain ne se distingue pas?

Affranchi donc, l'être humain? Non, certainement pas si l'on considère les conséquences de son action, ni les liens si intimes qui le relie aux autres espèces. Cette bulle conceptuelle particulièrement entretenue par les religions monothéistes éclate aujourd'hui face à la manifestation d'une solidarité - au sens stricte du terme - interspécifique. Solidarité mise à mal par le développement exponentiel de l'être humain.

Alors, un grand pas pour l'humanité? Ou la manifestation d'une puissance qui tire un bénéfice important de la croyance selon laquelle justement l'homme peut s'affranchir de la Nature et maîtriser pleinement son destin? Un soubressaut de plus d'une certaine façon de placer l'homme dans l'Univers qui résiste comme elle a résisté par le passé à l'héliocentrisme, au darwinisme et à l'inconscient freudien, trois blessures fondamentales de la vanité qui lui font perdre d'abord une place centrale dans l'Univers, une situation hors de l'animalité et enfin la maîtrise de ses sentiments. Une prouesse technologique évidente qui plutôt que d'apporter un bénéfice épuise l'intelligence et les moyens qui pourraient être utilisés dans la réflexion sur la solidarité interspécifique et sur les moyens d'en tirer parti efficacement et en rétablissant un équilibre entre la chaîne alimentaire dont dépend l'être humain et les autres chaînes alimentaires.